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Editorial


 

 





LES ENJEUX de la prise en compte du “ fait religieux ” dans l’enseignement


par Abderrazak HALLOUMI , ( professeur de lettres au Lycée Le Porteau, Poitiers, Diplômé en Sciences et Enseignement des Religions)







Religions, Culture et Société :



L’étude de la religion à été longtemps l’apanage de la théologie qui avait pour tâche l’étude des dogmes, c’est-à-dire des articles de foi. Il a fallu attendre les XIXe et XXe siècles pour voir apparaître des « sciences » nouvelles … ) qui vont s’intéresser aux religions ( aussi bien les religions anciennes que les religions actuelles) pour en faire l’objet de leurs recherches. C’est ainsi, comme le rappèle FRANCOIS BOESPFLUG « … différentes écoles, qui se multiplient durant la seconde moitié du XIXe siècle et les deux premières décennies du XXe. […] Le défilé des écoles (philologique, anthropologique, ethnologique, phénoménologique psychologique, théologique, etc.) et des auteurs (Müller, Lang, Schmitt, Lévy-Bruhl, Durkheim, Otto, Mauss, Freud, Roheim, Van der Leeuw, Lévi-Strauss, Éliade, Dumézil, etc.), jusqu’à leurs continuateurs, les plus récents, en France et ailleurs »



Aujourd'hui le "religieux " ( dans tous les sens du terme) est devenu un centre d’intérêt pour le grand public. Cependant, cet engouement met en relief une situation paradoxale. D'une part, il y a "désertion" du religieux ( du moins les religions officielles). En effet, on assiste à un libre choix des pratiques religieuses ( on se déclare croyant mais non pratiquant). Il y a donc rejet de l'institution mais le sentiment d’appartenance à une communauté reste fort. D'autre part, il y a revalorisation socioculturelle du religieux: on reconnaît les religions comme patrimoine culturel qu'il faut préserver et transmettre. D’où le besoin de connaissance que l’on constate chez le grand public.


Cette promotion se manifeste par la présence des religions dans les médias. Il y a certes revalorisation médiatique mais cela comporte des aspects négatifs (aspect commercial, simplification parfois).


La presse s'est "emparée " du religieux qui n'est plus l'apanage des revues et des magazines spécialisés ou des publications traditionnelles. Malgré les dérives possibles évoquées précédemment, la presse nous paraît un moyen intéressant pour toucher un public plus large et peut-être plus jeune, pour promouvoir la culture religieuse.





Enseigner le fait religieux au à l'école : Pourquoi ?



Malgré cette reconnaissance socioculturelle du fait religieux, en tant que fait de culture, comme le fait remarquer Régis Debray, la recherche dans le domaine des sciences religieuses est le fait des religieux. Les pôles d’excellences sont nombreux mais excluent de fait l’université. Cette situation est loin d’être totalement satisfaisante : « Tête-bêche paradoxal auquel conduit une laïcité mal comprise, suicidaire à terme, qui proscrit de l’école publique l’histoire des religions. Veut-on, avec l’illettrisme montant, faire demain des monastères l’ultime abri des lumières ? »



De fait nous nous trouvons dans une situation inconfortable qui n’est pas sans susciter de nombreuses inquiétudes. Continuons à partager les craintes de Régis Debray quant à cette inculture généralisée des faits religieux dans l’école en France et qui est en partie liée à l’histoire anticléricale de notre pays. « Cet enseignement, rendu plus impératif encore par l’effritement des filières de transmission, soulève quelques difficultés d’organisation et de conception. Son absence dans les lycées et les collèges en soulève de bien plus graves. Penser, par exemple, à une ‘ éducation artistique pour tous’ sans commencer par ce qui informe notre patrimoine plastique et culturel, et permet seul d’y accéder, est assez surprenant. Il va sans dire que l’histoire des religions dans la laïcité exige une approche scientifique et non pas confessionnelle ou moralisante. (…) Cet enseignement doit être confié aux enseignants eux-mêmes, historiens formés à cet effet, et non à des intervenants extérieurs ou aux représentants ès qualités des clergés, afin d’éviter prosélytisme et sectarisme. Il y a risque, à défaut, de voir les jeunes esprits se détourner de l’école laïque pour pouvoir accéder aux sources de notre culture et de notre histoire. La République, à bon droit, ne reconnaît aucun culte. Doit-elle pour autant refuser d’en connaître ? On pourrait bien ainsi, au nom de la tolérance et du louable souci de ne pas introduire dans l’école les divisions et affrontements religieux propres à la société civile, les accentuer à terme, en favorisant une dérivation vers des établissements privés, agressivement confessionnels. ‘L’effet pervers’ a plus d’un tour dans son sac »





L’omniprésence des référents religieux dans notre société.







La société française, la civilisation occidentale, la culture méditerranéenne, sont saturées de références culturelles, historiques qui ne pourront s’expliquer autrement que par une connaissance minimale de notions et de faits ayant trait aux religions, grandes ou petites et pas seulement au catholicisme, voire au christianisme, ni même aux trois monothéismes. Notre vie quotidienne fait référence à l’héritage que nous ont légué ces différentes religions.


De plus les récents événements qui ont marqué les débuts de ce siècle, interpellent les élèves qui ont de plus en plus besoin de repères pour comprendre les évolutions du monde dans lequel nous vivons.



Comprendre le monde qui nous entoure nécessite que nos élèves aient les clefs de lecture afin de décrypter les événements qui se déroulent sous nos yeux ( le 11 septembre 2001, conflit israélo-palestinien, guerre du golf, Afghanistan, Irlande…. ) Mais au-delà de la compréhension de l’actualité récente, c’est l’histoire de l’humanité qui est mise en relief à travers l’étude des faits religieux.




Le rôle de l’école


Parler de religions à l’école en France, reste difficile ! C’est un domaine qui n’est jamais abordé de façon rationnelle ! Il suscite souvent une sorte de rejet, de peur, Depuis quelques années, La question du " Fait religieux" ou de " Culture Religieuse " provoque souvent des réactions vives et engagées de par la confusion faite avec la catéchèse. La démarche laïque, qui doit accompagner cette approche de la culture religieuse, est trop souvent devenue synonyme de refus pur et simple de la culture religieuse, pour aboutir à une inculture.



Cultures et faits religieux se conjuguent au pluriel, car nos sociétés sont plurielles quant aux pratiques religieuses. Ces travaux ouvrent directement au plurispirituel, premier pas vers le respect, la tolérance et l’intégration.


L’action est éducative, l’étude du fait religieux dans les disciplines permet de mieux comprendre les hommes, avec leurs questions et leurs choix, leurs imaginaires, éveille à l’esprit critique, à une prise de distance par rapport à sa propre foi.



C’est un travail qui devrait se faire en interdisciplinarité dans le cadre des programmes scolaires. Explorer le champ des faits religieux nous amène à placer la question du sens au cœur de notre action d’enseignant. Plusieurs raisons rendent nécessaire sa prise en compte dans nos enseignements :



Le pluralisme :



Aujourd’hui, en France, comme dans d’autres pays européens, nous sommons confrontés, en tant qu’enseignant à la pluralité religieuse. Des élèves de confessions et de voies différentes se retrouvent dans nos classes.


 Une nécessité civique :


L’ignorance favorise la violence ainsi que la montée des fanatismes et des intégrismes. Le respect de l’altérité passe par la connaissance. Hélas les derniers événements confirment nos dires ! L’incompréhension ainsi que l’ignorance favorisent les replis identitaires et la montée des intégrismes.


Pour ce faire nous adopterons les réflexions d’Amin MAALOUF in Les Identités meurtrières : “Vous savez, la tolérance est un concept qui, lorsqu’il demeure théorique, est accepté de tous. Lorsqu’on en vient au détail, pourtant, chacun tend à rejoindre sa tribu. Une personne qui prône la tolérance se trouve souvent isolée... Mais la tolérance n’est pas une opinion du moment, c’est une attitude à l’égard de la vie. “C’est une position de principe qui vient du fait que je suis libanais et que je vis dans un pays où cohabitent diverses communautés. Il ne s’agit pas d'effacer leurs différences qui sont réelles: il s'agit de vivre ensemble”.



Quête de sens et quête identitaire






Il y a chez nos élèves une forte demande pour aborder ces questions tout en ayant, paradoxalement, une attitude de défiance vis-à-vis du religieux. C’est pour cette raison que la prise en compte du « religieux » dans le cadre des programmes scolaires permet de lever des tabous. Les thèmes soulevés par les adolescents sont très importants car ils renvoient à des questions fortes, à des remises en question alors que chez les adultes cela reste plus feutré. Les jeunes sont capables de poser des questions du genre : quelle est la meilleure religion ?


Dépasser la crise de la transmission :


Les jeunes sont sans mémoire. Il leur manque une grammaire existentielle de l’Homme !


Une ouverture sur la dimension symbolique


La prise en compte de la dimension religieuse de la culture permet de travailler la pluralité. En faisant cela, on plonge dans les trésors des symboles de l’humanité.


Nos élèves souffrent d’une insuffisance symbolique ce qui pourrait faire d’eux des proies potentielles pour les mouvements sectaires : les sectes utilisent cette carence pour « bricoler » un système qui égare et qui ne fait pas sens!










 

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Dernière modification : 03 janvier 2008